5. Sans doute, le lac est-il passage, grâce au bateau qui permet de le traverser, d'atteindre l'autre rive, celle d'en face, celle de l'au-delà, du rêve, du mystère et de l'inconnu. Mais il y a volontiers dans ce lac des symptômes d'autonomie, d'une vie propre qui appartiendrait aux secrets du fantastique, qui donne naissance à l'imaginaire et à ses légendes, tout en entrant au même instant dans le réel, corps semblant abandonné, oublié mais puissamment présent, métaphysique tout en déroulant ses arabesques et ses enjolivures, traits d'une écriture sibylline léguée dès la conscience du monde. Il veut être à l'origine, à la source, au moment mythique de l'harmonie de la genèse, proliférant d'une vie mystérieuse et incontrôlable, mais d'une inquiétante étrangeté qu'il faudrait savoir décrypter à travers l'impureté des signes et des symboles.
11.01.2008
300. Le Léman, un sublime ressassement.
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5. Sans doute, le lac est-il passage, grâce au bateau qui permet de le traverser, d'atteindre l'autre rive, celle d'en face, celle de l'au-delà, du rêve, du mystère et de l'inconnu. Mais il y a volontiers dans ce lac des symptômes d'autonomie, d'une vie propre qui appartiendrait aux secrets du fantastique, qui donne naissance à l'imaginaire et à ses légendes, tout en entrant au même instant dans le réel, corps semblant abandonné, oublié mais puissamment présent, métaphysique tout en déroulant ses arabesques et ses enjolivures, traits d'une écriture sibylline léguée dès la conscience du monde. Il veut être à l'origine, à la source, au moment mythique de l'harmonie de la genèse, proliférant d'une vie mystérieuse et incontrôlable, mais d'une inquiétante étrangeté qu'il faudrait savoir décrypter à travers l'impureté des signes et des symboles.
5. Sans doute, le lac est-il passage, grâce au bateau qui permet de le traverser, d'atteindre l'autre rive, celle d'en face, celle de l'au-delà, du rêve, du mystère et de l'inconnu. Mais il y a volontiers dans ce lac des symptômes d'autonomie, d'une vie propre qui appartiendrait aux secrets du fantastique, qui donne naissance à l'imaginaire et à ses légendes, tout en entrant au même instant dans le réel, corps semblant abandonné, oublié mais puissamment présent, métaphysique tout en déroulant ses arabesques et ses enjolivures, traits d'une écriture sibylline léguée dès la conscience du monde. Il veut être à l'origine, à la source, au moment mythique de l'harmonie de la genèse, proliférant d'une vie mystérieuse et incontrôlable, mais d'une inquiétante étrangeté qu'il faudrait savoir décrypter à travers l'impureté des signes et des symboles.
299. Le Léman, un sublime ressassement.
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4. Mais son silence n'est que relatif, à l'image d'une respiration tranquille, profonde, consciente du sentiment du temps aboli, sans que l'on ait l'impression du passé ou du futur, un silence chargé d'intentions, de tumultes cachés ou de méditation, à la fois fait de détente et de tension, d'apaisement et de pulsion, d'absence et de puissance.
Et c'est bien ce que l'on perçoit du lac nocturne, un lac de sommeil empli de rêves, un univers fermé, jalousement étreint et défendu mais superbement présent dans sa phosphorescence, comme apprivoisé par les constellations rapprochées de ses rives "alors que les oiseaux blancs ont refermé leurs ailes" dans l'engloutissement de l'ombre. Le mouvement, vers l'aube, laissera longtemps persister des coins d'ombre, des traînées d'une aérienne rosée, d'infinis reflets captés par le miroir liquide distordu […] .

4. Mais son silence n'est que relatif, à l'image d'une respiration tranquille, profonde, consciente du sentiment du temps aboli, sans que l'on ait l'impression du passé ou du futur, un silence chargé d'intentions, de tumultes cachés ou de méditation, à la fois fait de détente et de tension, d'apaisement et de pulsion, d'absence et de puissance.
Et c'est bien ce que l'on perçoit du lac nocturne, un lac de sommeil empli de rêves, un univers fermé, jalousement étreint et défendu mais superbement présent dans sa phosphorescence, comme apprivoisé par les constellations rapprochées de ses rives "alors que les oiseaux blancs ont refermé leurs ailes" dans l'engloutissement de l'ombre. Le mouvement, vers l'aube, laissera longtemps persister des coins d'ombre, des traînées d'une aérienne rosée, d'infinis reflets captés par le miroir liquide distordu […] .
298. Le Léman, un sublime ressassement.
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3. Vaste ornière où se dissout le firmament, fracture à la jonction de tous les étranges comme de tous les extrêmes, né du sursaut de l'ombre et des glaciers hostiles, le Léman est riche de la lumière dispersée et des vertiges de l'espace. Il sait emprunter à la palette du ciel de bien savantes couleurs, composer avec la lumière et les jeux de l'éclairage, passant, dans sa fantaisie ou sa violence, du blanc au noir à l'instar du mystère de la pellicule, cédant volontiers au clinquant de la polychromie, curieux d'un jaune de Naples ou d'un bleu turquoise, amoureux d'un coloris myosotis ou d'une teinte purpurine. Parfois eau et ciel réunis ne forment qu'une même plage laiteuse tandis qu'à certaines heures, les reflets de la rive ont une densité de pierre.
Savez-vous qu'il existe des jours où se devine, à fleur d'eau, une splendeur argentée comme une bruine lumineuse ? D'autres jours aussi, où dans la touffeur de l'été, l'air, au-dessus de l'eau, possède l'éclat diffus d'un métal blanc. Encore faudrait-il dire le silence du lac ! Sans doute pour le citadin apparaît-il muet en dehors des grandes tempêtes.
3. Vaste ornière où se dissout le firmament, fracture à la jonction de tous les étranges comme de tous les extrêmes, né du sursaut de l'ombre et des glaciers hostiles, le Léman est riche de la lumière dispersée et des vertiges de l'espace. Il sait emprunter à la palette du ciel de bien savantes couleurs, composer avec la lumière et les jeux de l'éclairage, passant, dans sa fantaisie ou sa violence, du blanc au noir à l'instar du mystère de la pellicule, cédant volontiers au clinquant de la polychromie, curieux d'un jaune de Naples ou d'un bleu turquoise, amoureux d'un coloris myosotis ou d'une teinte purpurine. Parfois eau et ciel réunis ne forment qu'une même plage laiteuse tandis qu'à certaines heures, les reflets de la rive ont une densité de pierre.Savez-vous qu'il existe des jours où se devine, à fleur d'eau, une splendeur argentée comme une bruine lumineuse ? D'autres jours aussi, où dans la touffeur de l'été, l'air, au-dessus de l'eau, possède l'éclat diffus d'un métal blanc. Encore faudrait-il dire le silence du lac ! Sans doute pour le citadin apparaît-il muet en dehors des grandes tempêtes.
297. Le Léman, un sublime ressassement.
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2. Ainsi, assujettie sans cesse à l'agitation des airs, la nappe lémanique n'est guère dormante, parcourue de vastes courants en tous sens, de mystérieux contre-courants, soulevée par des pulsations silencieuses, par l'insolite balancement des «seiches» ou par de discrètes marées que le pêcheur d'autrefois connaissait bien.
L'on devine, de la part du Léman, une volonté d'un sublime ressassement, un va-et-vient incessant non dépourvu de volupté, en même temps qu'une maîtrise de la spontanéité, mais avec parfois des soubresauts et des incohérences. En ces lourdes après-midi d'été, vous croyez le lac calme et uni! A bien l'observer, son épiderme est sans cesse agité de quelques frissons, de quelques tressaillements - une sorte de palpitation délicate qui laisse de vagues traînées lisses et un peu plus brillantes.
2. Ainsi, assujettie sans cesse à l'agitation des airs, la nappe lémanique n'est guère dormante, parcourue de vastes courants en tous sens, de mystérieux contre-courants, soulevée par des pulsations silencieuses, par l'insolite balancement des «seiches» ou par de discrètes marées que le pêcheur d'autrefois connaissait bien.L'on devine, de la part du Léman, une volonté d'un sublime ressassement, un va-et-vient incessant non dépourvu de volupté, en même temps qu'une maîtrise de la spontanéité, mais avec parfois des soubresauts et des incohérences. En ces lourdes après-midi d'été, vous croyez le lac calme et uni! A bien l'observer, son épiderme est sans cesse agité de quelques frissons, de quelques tressaillements - une sorte de palpitation délicate qui laisse de vagues traînées lisses et un peu plus brillantes.
296. Le Léman, un sublime ressassement.
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1. Carrefour de traces invisibles, d'échos que nulle science ne saurait définir, de contradictions et d'antagonismes qui se dissolvent dans l'imprévisible balancement de l'onde: ainsi apparaîtrait le Léman, ample hésitation ou faille véritable, entre les petits bistrots discrets d'un Chablais qui s'efface et les palaces de la Riviera, les vignes de Lavaux et les vastes domaines du «petit lac», les roselières «du bout du lac» et les nobles capitales de Vaud ou de Genève, entre le murmure et l'éclat, entre la discrétion, voire la méditation, et la voracité. Car c'est bien l'ambiguïté qui caractérise cette masse liquide, à la fois glace et sable, image de l'illusion, miroir obscurci dans le tremblotement des jours. Est-il vraiment le même, soumis à la fantaisie des vents venus de tous côtés, des vents de toutes les couleurs, vent blanc qui fait mûrir les moissons, bise noire aux cruelles morsures, vents des grandes lames et des vastes moutonnements, vents des jours flagellés de pluie, joran qui alarme les barques et fait clignoter les grèves, et toutes les brises aux noms chantants de comptines d'antan, morget ou morgeasson, rebat, fraidieu, marinée ou encore molindre, chamoisine, moulanne, qui disent l'heure tout au long des jours et tout au long des nuits ?
1. Carrefour de traces invisibles, d'échos que nulle science ne saurait définir, de contradictions et d'antagonismes qui se dissolvent dans l'imprévisible balancement de l'onde: ainsi apparaîtrait le Léman, ample hésitation ou faille véritable, entre les petits bistrots discrets d'un Chablais qui s'efface et les palaces de la Riviera, les vignes de Lavaux et les vastes domaines du «petit lac», les roselières «du bout du lac» et les nobles capitales de Vaud ou de Genève, entre le murmure et l'éclat, entre la discrétion, voire la méditation, et la voracité. Car c'est bien l'ambiguïté qui caractérise cette masse liquide, à la fois glace et sable, image de l'illusion, miroir obscurci dans le tremblotement des jours. Est-il vraiment le même, soumis à la fantaisie des vents venus de tous côtés, des vents de toutes les couleurs, vent blanc qui fait mûrir les moissons, bise noire aux cruelles morsures, vents des grandes lames et des vastes moutonnements, vents des jours flagellés de pluie, joran qui alarme les barques et fait clignoter les grèves, et toutes les brises aux noms chantants de comptines d'antan, morget ou morgeasson, rebat, fraidieu, marinée ou encore molindre, chamoisine, moulanne, qui disent l'heure tout au long des jours et tout au long des nuits ?
295. Le Léman, voie de communication. 4.
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4. Le Léman, du début du XIXe siècle, n'a que fort peu de ports dignes de ce nom. Seule Genève a des installations spécialisées en fonction des marchandises, et Morges a un port bien protégé. Les barques à voiles latines qui sillonnaient le lac venaient donc essentiellement de ces deux villes. Chaque port protégeait ses bateliers en obligeant les barques d'un autre port d'attache, qui venaient de décharger leurs marchandises, der repartir à vide. Même le trafic local était limité. A ce sujet, voilà comment un contemporain jugeait cette réalité : «Le commerce des marchandises qui se fait chez nous par eau consiste en marchandises étrangères et en marchandises du pays. Les premières, quand elles viennent de France, sont embarquées à Morges, à Nyon ou à Genève; celles d'Allemagne, à Ouchy, celles d'Italie, à Vevey. Les marchandises du pays sont vins, fromages, pierres à bâtir de Meillerie, marbre de Roche, tuiles et briques, bois de chauffage et de charpente, foin, fumier, fruits, bestiaux, beurre, paille, grains. Cette navigation est susceptible de progrès et d'augmentation, surtout quand on aura supprimé les statuts gothiques de certains ports qui jusqu'à présent ne permettaient pas à une barque de Genève, arrivée avec son chargement à Vevey, d'y prendre en retour d'autres marchandises pour Genève. Ce privilège est si destructeur de la liberté de commerce, qu'on ne comprend pas qu'il ait subsisté si longtemps." Le "Doyen Bridel" in "Le Conservateur suisse", 1814.
294. Le Léman, voie de communication. 3.
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3. Le XVIIIe siècle ne fut pas différent et, à la fin du siècle, la chute de l'Ancien Régime, la Révolution française et les guerres de l'Empire firent disparaître définitivement ce commerce du bassin lémanique. De plus, une autre révolution se jouait en Europe au début du XIXe siècle, à laquelle la Suisse ne participait pas, du moins pas encore: la révolution industrielle. Par contre le trafic local de produits régionaux était important. Il s'agissait de blé vaudois et de fromages de Fribourg ou du Pays-d'Enhaut pour Genève et Lyon, du sel de la Méditerranée au retour, mais avant tout du bois du Valais et du Jura qui encombrait les ports de Nyon, Morges et de la Fusterie à Genève, bois de construction, mais aussi de chauffage utilisé par de nombreuses manufactures artisanales: tuileries, verreries, ou forges par exemple. Ce trafic local sur le Léman était, dès le XIIIe siècle, loin d'être négligeable, il suffisait à faire vivre bon nombre de bateliers, appelés aussi navatiers, et fit de leur corporation une organisation puissante. Il faut dire que la voie lacustre s'imposait pour toutes les marchandises pondéreuses, car la route entre Evian et Saint-Gingolph était en très mauvais état, puisque parfois même les mules devaient être déchargées pour pouvoir continuer leur chemin; la route sous le Dézaley n'était guère meilleure. Cette situation s'améliora quelque peu dès le XVIIIe siècle. Le "Doyen Bridel" in "Le Conservateur suisse", 1814.
293. Le Léman, voie de communication. 2.
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2. Aux XVIe et XVIIe siècles, les villes italiennes perdirent de leur influence, au profit des pays maritimes de l'ouest européen, Espagne, Angleterre, France, Pays-Bas. L'axe nord-sud se déplaça à l'ouest du Jura, ne laissant plus sur le lac que le trafic local. C'est alors que des hommes audacieux se lancèrent dans une entreprise qui aurait pu avoir un grand retentissement pour le bassin lémanique: la construction du canal d'Entreroches qui devait relier le lac de Neuchâtel au lac Léman, l'ancêtre de l'hypothétique canal du Rhône au Rhin ! Malheureusement le tronçon de Cossonay au Léman qui aurait nécessité près d'une quarantaine d'écluses avec les moyens de l'époque ne fut jamais terminé. Les douze kilomètres manquants se faisaient par la route. Le canal survécut péniblement de 1638 à 1648, puis son exploitation cessa. Le rêve de rétablir le trafic international que la région avait connu s'évanouissait définitivement.
Le "Doyen» Bridel" in "Le Conservateur suisse", 1814.
Le "Doyen» Bridel" in "Le Conservateur suisse", 1814.
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