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Le lac Léman, les cités qui le bordent, à travers l'oeuvre d'écrivains ou de poètes qui l'ont fait connaître et aimer.
Madame Claude MIGNOT-OGLIASTRI est professeur émérite de l'Université de Montpellier
Il n'aurait point déplu à Anna de Noailles de voir confondus en une seule expression ces termes : histoire, légende et poésie. Car, encore plus qu'aux réalités concrètes~ plus qu'aux catégories établies jusqu'à l'arbitraire par les logiciens, elle croyait aux mots comme à un moyen de poursuivre les réalités mouvantes où, comme le remarquait Victor Hugo prêtant l'oreille à la parole de la bouche d'ombre, « les choses et l'être ont un grand dialogue ».
En 1913, Anna de Noailles devait pousser la gentillesse jusqu’à me chercher en voiture à Evian, pour me mener à Amphion. J'étais ému de la voir dans le beau jardin qu’elle avait tant chanté. Elle m'y a présenté à sa mère, et j'ai eu la grande joie d'entendre Mme de Brancovan jouer au piano Schubert et Chopin. Sans effort apparent, elle m'émouvait plus que n'avait pu faire le plus grand orchestre de Munich. Je n'ai pas entendu Paderewski qui logeait face à Amphion, à Morges, mais je ne pense pas qu'il ait pu être plus touchant que ne l'était Madame de Brancovan dans ses morceaux préférés.
L'année suivante, elle a permis que je l'accompagne à Lausanne. C'était alors la mode d'y faire je ne sais quelle cure. [...] L'après-midi, elle m'emmenait en promenade sur les collines, dans les bois qui surplombent Lausanne et prodiguent tant de points de vue sur le Léman. Quand je me rappelle ces randonnées, j'ai quelque peine a comprendre que je n'aie pas été amoureux d'elle. Tout y invitait, depuis ses boucles noires jusqu'aux paysages de Vevey sur lesquels flottait toujours l'ombre de Jean-Jacques Rousseau. Je poussais la sottise jusqu'à lui parler des jeunes filles entre lesquelles mon cœur avait balancé. Elle me dit : « Comment pouvez-vous être amoureux de ces petits monstres gros de tout le mal qu’elles feront pendant cinquante ans ! » Elle avait trop raison. En quête d'une mère, j'aurais mieux fait de me tourner vers elle, quoiqu'elle n'eût pas passé trente-cinq ans, que vers des gamines. (Cimetière)
Historien, journaliste, essayiste, Emmanuel Berl est né en 1892. Ami de Proust et de Malraux, Emmanuel Berl a été directeur de l’hebdomadaire Marianne puis du Pavé de Paris. Historien de l'Europe, il a reçu le grand prix de littérature de l’Académie française en 1967 et le prix Marcel Proust en 1975. Il a été le mari de la musicienne et chanteuse Mireille. Il est mort le 21 septembre 1976 à Paris.Au fil du temps et des découvertes, j'ai rassemblé ici des textes littéraires, poétiques, historiques, des chroniques de voyageurs ou de journalistes évoquant le lac Léman, les hommes qui vivent sur ses rives, les terres et les cités qui le bordent.
Le blog est volontairement conçu pour être parcouru librement, sans a priori ni plan de lecture préconçu. Les textes s'affichent dans l'ordre inverse de leur date de création : le plus ancien est donc le dernier.