2.08.2008

218. Evian : une eau miraculeuse. 1/2

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LETTRE DE LA COMTESSE LOUISE.FRANÇOISE DE LESSERT A SON AMIE RENÉE DE MIREMONT

Château de Blonay à Evian par Amphion, ce 21 septembre 1790.

Ma chère Renée,

Que je vous fasse vite part, après vous avoir tendrement embrassée, de certain événement heureux lequel me met en si grande joie que mes esprits en sont tout à l'envers. […] Vous savez que M. de Lessert depuis bien des années souffre du rein et de l'estomac. Ces affections, qui tenaient en échec tout le savoir des médecins, tourmentaient à tel point le comte que l'existence lui était devenue un supplice de chaque instant. Son caractère aimable et enjoué, heureux résultat d'un tempérament bien équilibré et d'une parfaite égalité d'humeurs, s'était, à la longue, altéré profondément, passant du doux à l'aigre, du galant.au grognon ; là, le mot est lancé !
C'est l’effet ordinaire, parait-il, de ces sortes de maladies. Mon rôle d'épouse vous savez combien affectionnée avait ainsi mué en celui de garde de malade, ce dont je me trouvais tant marrie que mortifiée.
Sur la consultation des médecins tous en accord, nous sommes, il y a quatre mois pleins, partis de Montaiguz sans grand domestique, nous dirigeant à petites journées sur Amphion en Chablais, à quelques lieues de poste de Genève, tout au bord du lac Léman que tout le monde dit à raison être le plus beau du monde. Comme nous arrivions, là Cour de Savoie qui y vient de temps à autre depuis Turin, s'en allait, et nous avons pu ainsi, sans autre incommodité que de renoncer à toutes nos aises, nous loger dans une méchante hôtellerie du près de l'eau.
Chaque jour après avoir fait usage des eaux martiales qui le devaient guérir, M. de Lessert se laissait promener un peu aux environs dans sa chaise, car il ne pouvait presque plus marcher. Certain dimanche du mois passé, ses porteurs le menèrent jusqu'à Evian, assez gros bourg de ce que l'on nomme ici Pays de Gavot, je ne sais pourquoi. Passant près d'une eau qui coulait belle et fraîche, s'échappant d'un jardin au midi, il s'en désaltéra abondamment, le site d'Evian lui ayant par ailleurs plu beaucoup, il s'en est fait porter le lendemain et les jours suivants et a continué à boire de cette eau qu'il trouvait agréable.

Extrait de la brochure "Evian au fil du temps"
Médiathèque Ch. RAMUZ. Evian