4.
Car si véridique que soit la parole, elle n'est que parole et de ce fait infiniment éloignée de la réalité. Tous les essais sont vains pour dire le fond de l'âme, car l'acte de la parole représente en même temps un acte d'aliénation :O mes vers assoupis, vous n'êtes pas moi-même,
Il faudrait que l'on m'eût dans les chemins suivie
« Ainsi ne nous cherchez point aux feuilles où nous avons mis nos noms. Vous jugerez nos œuvres selon vous-mêmes mais nous-mêmes vous ne nous jugerez point. Nous-mêmes, c'est ce que nous avons laissé à la vie, c'est ce que les jours en passant ont pris à nos corps heure par heure c'est ce que nous avons abandonné à toute impression, à tout milieu, à toute vue, à chaque pas de notre vie solitaire et muette. Nous-mêmes nous sommes loin de vous à jamais, peut-être dans les régions hautes où vibrent encore en ondes élargies et étendues le son de nos baisers, de nos rires et de nos appels ». (page 70 et 71)




De bonne heure, le dimanche matin, sous le soleil de juillet et d'août, nous nous hâtions vers la chapelle du couvent […]. J'ai, pendant mon enfance et mon adolescence, parcouru cette route avec un plaisir si fort qu'il me semble avoir failli mourir de la joie de vivre. Cette joie m'était lancée de tous les points de l'étendue, et, me frappant comme de mille balles argentines, me faisait réellement chanceler de nostalgie céleste et d’ineffable convoitise […].
