1.11.2008

189. Dans les journaux : "A propos du Casino". 1/2.

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Le casino : Monsieur le baron de Blonay, à Evian, met en vente sa galerie de tableaux, objets d'art et mobilier de son château d'Evian. Cette résolution est motivée par le changement de destination de cet immeuble dans lequel la ville d'Evian a le projet de créer un grand Casino. La vente qui aura lieu le mardi 7 et suivant à midi comprendra, entr'autres : deux magnifiques Pourbus, des A. Courache, un bas-relief romain de marbre, des porcelaines et faïences anciennes et un grand nombre d'autres objets artistiques et fort rares.
"Le Léman", le 5 novembre 1876

Le Casino d'Evian est installé avec tout le luxe désirable dans le magnifique château d'Evian. Il est situé au bord de cet incomparable Léman, à l'extrémité de ce quai qui paraît en être une dépendance créée pour relier au Casino les splendides promenades du port et de Chavanne. Le Casino est appelé à une réussite infaillible et sera une des sources de la prospérité de notre station balnéaire. Monsieur de Sallier, le directeur, n'a rien négligé, il n'a reculé devant aucune dépense pour élever son établissement à la hauteur des casinos les plus renommés de France. Le salon de conversation, de lecture et de jeux sont décorés avec un goût exquis. Un orchestre, sous la direction de monsieur Kling, directeur des concerts de l'orchestre municipal de la ville de Genève, aura bientôt acquis la réputation qu'il mérite. "Le Léman", le 24 juin 1877

L'un de mes oncles à la terrasse du Casino en 1920.

188. Dans les journaux : "Le Léman" du 01 juillet 1883

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Evian-les-Bains... si justement nommée par le comte Walewski le jardin d'été de la France est appelée une belle prospérité et à devenir un jour la reine des stations thermales. Le panorama est si grandiose que les premiers touristes qui ont visité nos parages l'ont comparé aux beautés du golfe de Naples et de la rade de Constantinople. La station thermale d'Evian attire surtout l'étranger par l'efficacité thérapeutique de ses eaux ordonnées en traitement à certaines maladies, principalement dans les affections suivantes : états chroniques des voies urinaires, goutte subaiguë et atonique, dyspepsies douloureuses, convalescences difficiles.
Outre les malades, beaucoup de nos aimables habitués viennent goûter le calme et le repos au milieu d'une nature saine et vigoureuse servie par la salubrité de l'air balsamique que l'on y respire. Il en est d'autres qui viennent demander à notre plage quelques-unes des distractions que l'on ne trouve point dans toutes les stations balnéaires. ("Le Léman", 01 juillet 1883)

L'hôtel Royal (gravure ancienne)

187. Julien Gracq : "La rive française du Léman".


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Quand je visitai les bourgs de la rive française du Léman je m'attendais à la foule estivante, aux casinos, à la marée du béton. Je trouvai - Evian et Thonon mis à part - des villages presques paysans, silencieux dès que le soir tombait et que mouraient les bruits de la grand-route, des maisons grises et vieilles, un peu délabrées, des guinguettes de pêcheurs à la ligne, et, le long des charmilles au bord du lac, l'odeur même de vase de la Loire par les soirs d'été, montant dans le crépuscule avec le faible bruit du ressac contre les grosses pierres de la berge.

Julien Gracq (1910-2007)
(Carnets du grand chemin, 1992)

1.09.2008

186. Anecdotes lémaniques

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Déjà nous sommes hors du port, hissons la voile avec deux ris, capelons les cirés et enfilons les bottes. Ça barde immédiatement, les vagues cognent sans répit. Une légère abattée et nous mettons le cap sur Préverenges au petit largue, il est inutile de casser du bois à la première bordée un peu sérieuse. Une heure plus tard nous voici à la côte suisse, en eau plate mais avec de fortes rafales. Le bateau s'en donne à cœur joie, et le barreur et l'équipage.
Le soleil décline sur le Jura, le Léman prend le bleu foncé des soirs de bise. Nous arrivons devant Ouchy (photo), mais il n'est pas question de rentrer au port sur une pareille lancée. A la barre, Maurice joue avec les grains et gagne à tous les coups. D'un seul bord nous filons jusqu'au Dézaley, anticipant sur le prochain challenge du Cercle de la voile. Les volets rouge et blanc des abbayes de la Ville nous rappellent la capitale et indiquent le moment venu de virer de bord.
C'est alors la rentrée grand largue sur Ouchy et nous prenons la bouée à l'instant où le soleil disparaît derrière le Jura. L'équipage est fourbu, mais heureux. Pour une première sortie, c'est dans le mille. On s'en va «sur les bords de la Riviera» repasser les images de la journée. Il en restera une surtout, que nous emprunterons d'ailleurs à Guy de Pourtalès:
Quelqu'un demandera: « Et l'eau d'Evian »? A quoi nous répondrons en grands seigneurs: « Elle servit ce jour-là à rincer la vaisselle ».

185. Anecdotes lémaniques.

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Avril avait bien commencé. Les fleurs sortaient de partout, à Ouchy les terrasses étaient pleines, la circulation avait repris de plus belle. Le bateau était fin prêt, coque ripolinée, vernis étincelant. De l'autre côté du lac, la neige fondait à vue d'œil, c'était le moment de faire la première traversée. On ne pouvait plus attendre. Un beau matin ce fut le branle-bas à bord de Néfertiti. A dix heures départ par calme plat, moteur à demi-régime, cap sur Tourronde. Maurice tient la barre, Claude ajuste le petit chapeau bleu, la chaloupe glisse vers la Savoie embrumée.
Bientôt on distingue les détails de la côte blanche de cerisiers: la Grande-Rive, Torrent, Lugrin, sa grande église. Le port de Tourronde est enfin visible, avec sa digue minuscule, mais correctement dessinée par les Ponts et Chaussées. Le lac est bas, il y ajuste le fond et la place pour s'amarrer près de la passe d'entrée. C'est le moment de déboucher le Crêt-Dessous et d'ouvrir «officiellement» la saison, le verre à la main, sans protocole et en toute amitié.
Le père Joseph, constructeur naval en retraite, nous accueille dans son chantier qui sent les copeaux et la vieille marine. Et l'on refait la France, à défaut du monde. Ma foi, elle ne va pas si mal que ça, notre chère voisine: les bistrots sont ouverts, le boucher nous sert le steak avec amabilité et l'épicière nous serre la main avec cordialité: alors vous voilà revenus, que désirez-vous, Messieurs ? Puis c'est le pique-nique sur la jetée, tout attirail déployé. Le lac a repris l'aspect si cher à Bocion, le soleil fait sentir sa présence et le Dézaley encore brun n'en perd pas un rayon.
Au moment du pousse-café on remarque une ligne verte en face, dans le creux de Saint-Sulpice. Pas possible, le morget à ces heures? La ligne s'épaissit rapidement vers l'est, elle épaissit et avance en même temps. C'est la bise qui arrive, suivie du troupeau de moutons blancs. Aux postes d'appareillage !

184. Anecdotes lémaniques

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2. Quelques photos des barques et du port sont quand même visibles chez l'ancien maire, chez les tantes Irène et Eugénie, tenancières du Café du Centre, et dans les hôtels de la Terrasse et de la Croizette, à chaque extrémité du village. Sur la jetée, le coucher du soleil est splendide. Vous portez le regard du Jura aux Rochers de Naye en trinquant le coup de blanc. Au village l'accueil est aimable et tranquille. Le chat noir dort sur la table du bistrot, le grand-père revenu de Lyon raconte ses souvenirs, Madame Eugénie a refait ses frisons. Vingt dieux ! Que l'hiver était long chez nous aussi, vous savez.
Les primevères garnissent le talus du port, les pêcheurs parent les grands filets, on va du bon côté, comme on dit en face. Meillerie est dans toute sa gloire aux petites heures. Elle s'allume dès que le soleil passe par-dessus les Alpes vaudoises. Le moment est venu de monter sur la terrasse de l'église au-dessus du village endormi. On n'entend que le bruit du ruisseau dans le canal de pierre taillée. Lorsque la porte du sanctuaire n'est pas fermée à clef, vous entrez dans l'une des plus belles églises de la côte de Savoie et vous admirez les vitraux illuminés à cette heure, puisqu'ils sont au levant.
Puis vous prenez la route des Etalins, immense carrière remise en activité il y a quelques années. Observant le paysage à trois cents mètres du Haut-Lac, vous convenez que cette région a du cachet et du caractère, surtout si vous êtes de La Côte! Mais il est temps d'appareiller et de songer aux commentaires à l'intention des amis qui ne connaissent pas l'endroit, découvert déjà par Jean-Jacques Rousseau. Vous tirez alors la conclusion, les absents seront mis en tort et les sceptiques changés en pierre.

183. Anecdotes lémaniques.

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Quand vous faites le tour du Haut-Lac, le bateau vous emmène tout d'abord à Evian, ville d'eau verte et riante. Puis il longe la côte de Savoie, Grande-Rive, Petite-Rive, Torrent, Tourronde défilent sous vos yeux qui admirent les cerisiers en fleurs, les châtaigniers touffus et séculaires, repèrent les hameaux cachés, Véron, Vieille-Eglise, Les Combes, Troubois et Chez-Busset. Vous doutez un instant de ces récits de carrières sauvages, de ruisseaux en cascade, de forêts impénétrables, à propos de Meillerie. Vous n'en doutez pas longtemps. Brusquement le décor devient sombre, le vert clair vire au noir, la montagne vous écrase, plongeant dans l'eau profonde. Seuls quelques rochers émergent des taillis, perchoirs de hérons cendrés magnifiques et circonspects.
Soudain une échancrure, une église, des maisons grises et un débarcadère. Vous êtes à Meillerie.
Le bateau à vapeur n'accoste qu'en juillet et en août car cette escale n'intéresse presque personne, dit-on à la Compagnie. Seuls les capitaines saluent Monsieur le curé d'un coup de sifflet en agitant la casquette, comme ils le font symétriquement en passant devant le Dézaley de la Ville. Ainsi passent les messages entre la vigne et le Seigneur et ainsi demeure l'esprit lémanique. Mais les perles rares se découvrent au printemps. Vous atteignez donc Meillerie dès avril, à la voile ou à moteur.
Du large on entend les ruisseaux dévaler de Mémise, grossis par la fonte de la neige. Les bois sont encore bruns, le port encore désert. L'entrée occidentale du port, l'ancienne sortie naturelle des barques, a été bouchée pour diminuer le clapot. Il s'agit de permettre aux «caravanes flottantes» d'aujourd'hui de passer la nuit aussi tranquillement que dans un parc à voitures. Ainsi gagne-t-on en confort ce que l'on perd en nautisme. L'époque a ses raisons que la navigation ne connaît pas. Tant pis pour André Guex et ses Mémoires du Léman !

in "L'air du temps : Anecdotes Lémaniques", Cabedita editions, 1991.
pour les numéros 183 à 186.

182. Anna de Noailles : un portrait.

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Source : document ville d'Evian