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Je propose à mes lecteurs deux anecdotes
extraites de ce très beau livre :
286 - 287 - 288 : la pierre de Meillerie.
289 - 290 : l'eau d'Evian.
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Le lac Léman, les cités qui le bordent, à travers l'oeuvre d'écrivains ou de poètes qui l'ont fait connaître et aimer.
http://www.memo.fr/dossier.asp?ID=37 
Le vent était triste. Déjà quelques flocons de neige voltigeaient, hésitants. Ils traversèrent la voie du chemin de fer. La neige commença de tomber plus serrée et le sol blanchissait partout. Le port était rempli de plongeons et de poules d'eau venus se mettre à l'abri du môle et des rochers. Ils nageaient en formation militaire. […] Une famille de cygnes les observait de loin, avec dédain, ainsi qu'un vaste congrès de mouettes, cent petits ventres blancs plantés sur des pattes roses rangés au long de la balustrade du débarcadère comme des porcelaines de Copenhague.[…] Ils s'enlacèrent étroitement au fond du bateau. Des éclairs allumèrent de nouveau le ciel, comme un lointain feu d'artifice et le tonnerre roula sourdement à distance, dans un autre monde. Le bateau dérivait, ils ne savaient où, poussé par un coup de vent qui frisait l'eau méchante. En levant la tête, Paul aperçut, déjà fort loin, le feu rouge du port. Il vit briller sous le falot tremblotant accroché au bordage des yeux pleins d'une vie étrangère qui interrogeaient la sienne, semblaient s'élancer à sa rencontre. Et cette fois il la prit tout entière avec une sorte d'épouvante délicieuse. Le tonnerre gronda plus fort, mais ils n'entendaient rien, ne redoutaient rien. Ils étaient perdus en eux-mêmes. Ils étaient comme deux vagues qui se heurtent pour se fondre en une oscillation uniforme. Ils avaient l'air de se battre, de se dévorer l'un l'autre, mais une espérance les emportait ensemble au fond des ténèbres. ("Marins d'eau douce" p. 247.)
Il ne restait à naviguer que les barques aux voiles latines, qui descendaient toutes chargées vers Genève, ou remontaient à vide vers le Haut Lac. Je les regardais s'effacer dans la brume, et il m'arrivai: de me complaire à remuer mon petit passé d'enfant, de rappeler certains jours, certains faits, certaines heures, comme s'ils eussent été plus importants que d'autres, plus rares et plus délectables. J'aimais à m'isoler sur la grève, maintenant déserte, pour explorer et dénombrer ces événements intimes, d'ailleurs sans liens apparents: les noires nuits d'été avec le cri des chouettes; les deux chers vieux visages des grands-parents ; l'angélus sonnant dans le crépuscule, la sonate en la bémol; notre navigation nocturne au large de Lutry ; les solitudes d'Yvoire; les yeux tendres de Mlle Georgine et, au-delà de tous ces souvenirs, mêlé à eux, éclairé par eux comme s'il était leur couleur essentielle, leur climat même: le lac, tantôt immobile et calme avec ses pierres qu'on voit au travers, ses herbes, ses poissons; tantôt boursouflé par les vagues, ennemi, noir et chargé d'une puissance miraculeuse. ("Marins d'eau douce", page 87)
Je retourne au lac. . . .
C'était sur la terrasse, ce jour-là,
Maintenant, c'est l'eau que nous avons épousée.
Mon pays se tient devant moi,


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Le train se hâtait dans sa longue glissade jusqu'à Lausanne où la splendeur immobile du lac nous arrachait des cris de .joie. Mais pour nous, après les plaisirs de la montagne, le meilleur des vacances était encore à vivre. Ces derniers jours de vacances se passaient à La Côte. Nous y arrivions en bateau - le Bonivard ou l'Helvétie - et c'était un amusement supplémentaire que cette lente traversée sur un lac peuplé de voiles latines, jusqu'à Rolle où, sous les platanes du quai, nous attendait le break de famille. La Côte de mon enfance, aux journées dorées, j'en rapportais ensuite à Paris une inguérissable nostalgie. Ah ! Ces fins d'été aux journées qui n'en finissaient pas, brûlants à midi, dans les vignes, et qui s'achevaient au crépuscule! Contrée d'aimable bonhomie, de placidité narquoise où chacun jouissant de la vie avec une nonchalance heureuse, la goûtant jour après jour comme une grappe lumineuse, grain à grain savourée, aujourd'hui me promenant entre Nyon et Aubonne, ou bien arrêté sur une haute terrasse, devant l'immense paysage qui oppose son éternité majestueuse et sereine aux tragédies humaines que nous avons vécues. Il m'arrive d'évoquer des fantômes. ("Vacances heureuses ". La Gazette de Lausanne, le 30 octobre 1948)
Promenade. Attendrissement et admiration. C'était si beau, si caressant, si poétique, si maternel ! Je sentais que j'étais pardonné. (9 octobre 1880.)* * * * *
Tout le monde a vu, à Genève, l'incomparable élan avec lequel le Rhône, d'un âpre azur, se précipite pour aller en France […] Ici, des vertes collines de Montreux, pleines de sources, je le vois remplir le lac, celte incomparable coupe, d'un riche et profond azur, qui ne doit rien au bleu du ciel. Le ciel change, il ne change pas. Ce qui m'attache à ce lac, c'est moins son extraordinaire beauté. que d'y sentir vivre et battre cette artère puissante du Rhône. Ce qui m'attache à cette terre, c'est moins le charme délicat du golfe si bien découpé, des contrastes gracieux de Vevey et de Clarens et des rochers de Savoie; c'est moins tout cela que de sentir partout des veines de vie, murmurantes, gazouillantes, qui s'agitent sous mes pieds. De là, une jeunesse invincible, répandue sur toutes choses. Ici, la sève est visible. J'en sens, au doigt et à l'œil, le fort mouvement.



Au fil du temps et des découvertes, j'ai rassemblé ici des textes littéraires, poétiques, historiques, des chroniques de voyageurs ou de journalistes évoquant le lac Léman, les hommes qui vivent sur ses rives, les terres et les cités qui le bordent.
Le blog est volontairement conçu pour être parcouru librement, sans a priori ni plan de lecture préconçu. Les textes s'affichent dans l'ordre inverse de leur date de création : le plus ancien est donc le dernier.