2.07.2008

216. Le tour de la France par deux enfants. 2/3

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Le clair de lune était splendide, la route lumineuse comme en plein jour; mais l'air était froid, car il gelait sur ces hauteurs, et les noirs sapins avaient sur toutes leurs branches de grandes aiguilles de glace qui brillaient comme des diamants.
Après plusieurs heures de marche sur une route toujours montante, on traversa un dernier défilé entre deux montagnes.
- Vous savez sans doute, mes enfants, dit alors M. Gertal, que nous sommes ici à deux pas de la Suisse, et nous arriverons bientôt au haut d'un col d'où l'on découvre toute la Suisse, la Savoie et les Alpes. Descendons de voiture, et nous regarderons le soleil se lever sur les montagnes : le temps est pur, ce sera magnifique.
Le petit Julien en un clin d'œil fut éveillé, il se hâta de sauter sur la route et courut en avant. Mais André l'avait devancé, et lorsqu'il fut au sommet du col:
- Oh Julien, s'écria-t-il, viens voir !
L'enfant arriva vite. Les deux frères se trouvaient placés au haut de la chaîne du Jura comme sur une muraille énorme presque droite. A leurs pieds s'ouvrait un vaste horizon: la Suisse était devant eux. Tout en bas, dans la plaine, s'étalait à perte de vue le grand lac de Genève, le plus beau de l'Europe, dominé d toutes parts par des montagnes blanches de neige.
- Comme ce lac brille sous les rayons de la lune! dit Julien; moi je l'aurais pris volontiers pour la mer, tant je le trouve grand !
- Mais dis-moi, André, comment s'appellent ces montagnes là-bas, si hautes, si hautes, qui enferment le lac comme dans une grande muraille?
- Ce sont les Alpes de la Savoie, dit M. Gertal qui arrivait. A nos pieds est la Suisse, mais à droite, c'est encore la France qui se continue, bornée par les Alpes. Dans la Savoie, en France, se trouvent les plus hautes montagnes de notre Europe. Ces neiges qui couvrent leurs sommets sont des neiges éternelles.
- Vois-tu, en face de nous, sur la droite, ce grand mont dont la cime blanche s'élève par dessus toutes les autres? C'est le Mont Blanc. Il y a sûrement sur sa cime glacée des neiges qui sont tombées depuis des siècles et que nul rayon du chaud soleil d'été n'a pu fondre.
- Quoi! vraiment? dit Julien, d'un air réfléchi, en poussant un soupir d'étonnement.
- Oui, continua M. Gertal, chaque hiver de nouvelles neiges recouvrent les anciennes. Aussi, aux endroits où la montagne en est trop chargée, il suffit d'un coup de vent, [...] pour ébranler des blocs de neige et de glace entassés; ces blocs s'écroulent alors avec un bruit effroyable, écrasent tout sur leur passage, ensevelissent les troupeaux, les maisons, parfois des villages entiers. C'est ce qu'on appelle les avalanches. (pages 85 et 86)

215. Le tour de la France par deux enfants. 1/3.

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In "Le tour de la France par deux enfants" de G. BRUNO

Le tour de la France par deux enfants est un manuel scolaire qui a été écrit par Mme Augustine Fouillée (née Tuillerie) sous le pseudonyme de G. Bruno. Publié en 1877, il a été réédité près de 400 fois. Il a donc servi pendant près de 50 ans de manuel scolaire. Le charme de ce livre de lecture provient à la fois de son histoire pleine de bons sentiments, prétexte pour aborder la géographie de la France, son histoire, les sciences et techniques, mais aussi des 220 gravures de cette édition. 30 ans après l'avoir lu pour la première fois, il tout à fait possible de passer dans un coin de France et de reconnaître un lieu ou un paysage.

http://www.demassieux.fr/Site/Tour_de_la_France.html

2.06.2008

214. Les pastels de la Comtesse de Noailles. 2/2.

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Deux "pastels" de la comtesse de Noailles
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Source : collection de la ville d'Evian

2.04.2008

213. Les pastels de la Comtesse de Noailles. 1/2.

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Source : Ville d'Evian

212. Bernard Sache : "Les barques du Léman".

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Bernard SACHE
"Meillerie ou les cailloux de la gloire".
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Silhouettes emblématiques du Léman d'autrefois, les barques en oreilles chargées à ras bord des cailloux de la gloire, ont pendant près d'un siècle, acheminé vers Genève et les autres villes lémaniques, ces pierres à bâtir, arrachées par les Meillerans aux falaises surplombant leur village. Ces barques de Meillerie symbolisent la période la plus mouvementée et fructueuse d'une localité, guère connue autrement qu'un refuge de l'amour malheureux décrit par un certain Jean-Jacques Rousseau.
Bernard Sache, dont les ancêtres furent intimement liés à la saga Meillerane, - son grand-père Simon, batelier du Léman ne fut-il pas amputé de sa chair et de sa raison de vivre par la Grande-Guerre - met ici en scène le drame de cette communauté âprement confrontée à une Nature belle mais avare et terriblement difficile.
L'auteur, après une vie professionnelle consacrée à l'enseignement et à la formation, accomplit un travail de mémoire avec passion, verve et compétence, à la recherche du destin de ceux de Meillerie luttant farouchement pour leur survie.

211. Les barques du Léman et la voile latine

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Les barques de Meillerie, en 1912
(collection personnelle de François MARMOUD que je remercie)

1. Les études d’archéologie lacustre portant sur l’histoire des bateaux du Léman, montrent la coexistence de deux familles de navires : le bateau à fond plat, navis et la barque sur quille, galea, inspirés des galères militaires et marchandes méditerranéennes. La batellerie lémanique tire profit des experts en construction navale que sont les Vénitiens, Génois, Niçois et Provençaux que l’on retrouve sur les côtes du Léman dès la fin du XIIIème siècle. Invités par les ducs de Savoie - les Bernois, Valaisans et Genevois - à construire des navires leur permettant d’assurer leur empire commercial et politique, ils stimulent l’évolution architecturale de la flotte lacustre. À la fin du XVème siècle, période de troubles politiques et religieux, il devient nécessaire de posséder des embarcations rapides et sûres. Des bateaux inspirés des navires marchands méditerranéens, de la famille des galères, apparaissent alors. Quant à la voile latine, elle est importée en Suisse à la fin du XVIème siècle par un constructeur vénitien. Ces « barques » constituent donc les ancêtres de la barque du Léman – inventée à Genève au cours du XVIème siècle – et dont l’évolution architecturale aboutit à un navire de transport particulièrement bien adapté au contexte lacustre
2. La voile latine, c'est peut-être la plus ancienne de toutes les voiles auriques du monde ; on en connaît des représentations précises sur des manuscrits Byzantins du IXème siècle, elle y est exactement semblable à certaines de celles que nous avons connues jusqu'à aujourd'hui. C'est la voile de la mer latine : C'est à dire de la méditerranée occidentale. C'est la voile des Italiens, des Provençaux, des Espagnols, des Portugais et aussi des Maghrébins. C'est la voile des galères, des tartanes, des felouques et des chébecs.
La voile latine a joué un rôle primordial dans l'histoire des techniques de la voile, c'est elle qui est à l'origine de toutes les voiles axiales modernes : celles des sloops, celles des cotres, et plus près de nous celles des planches à voile dernières nées des inventions véliques occidentales.
Voile triangulaire ou quadrangulaire qui fonctionne indifféremment en recevant le vent, selon le côté d'où il souffle, sur sa face tribord ou bâbord mais dont la chute, côté vertical, avant est toujours au vent et sa chute arrière toujours sous le vent
Voile triangulaire et enverguée sur une antenne, c'est une voilure très commune en Méditerranée, ce qui explique aisément son appellation. De ce groupement nous retrouvons le Foc (du néerlandais Fok), dont nul n'ignore la forme. Il existe également le Grand Foc qui se hisse à la tête du petit mât de hune ; le Foc d'Artimon (du grec Artemo) s'installant entre le grand mât et le mât d'artimon. En Suisse, c'est aux bernois et à leur goût affirmé pour l'économie que le Léman doit ses merveilleuses barques de commerce à voile latine.
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A lire : Bernard SACHE : "Meillerie où les cailloux de la gloire" (voir 212)

210. Alphonse Guillot : "La saison d'Evian".

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Aux XVIIème et XVIIIème siècles, la fontaine ferrugineuse d'Amphion était fréquentée par les princes de Savoie dont la cour attirait les seigneurs et les nobles des environs en leur château d'Evian.
Voici quelques lignes extraites d'une communication faite à un Congrès des Sociétés savantes :
« La célébrité des eaux s'accroît par la présence de leurs altesses royales, qui reçoivent les étrangers avec une politesse et une liberté qu'on n'avait pas vues jusqu'ici. Le duc et la duchesse se rendent à la fontaine chaque matin, sur un bateau décoré et manoeuvré par des matelots, revêtus de toile de Hollande. L'arrivée et le départ des princes sont annoncés par une bordée de canons dont le bruit fait naître dans les coeurs la sérénité et la joie. Le lac de Genève semble le rendez-vous de la paix, le temple de la joie ; tous les, coeurs y manifestent la satisfaction des plaisirs dont ils sont enivrés. Des riches et fortunés rivages du pays de Vaud, descendent de nombreuses princesses ou duchesses « qui foulent le débarcadère" .
[...] Amphion par ses modernes et somptueuses propriétés sur le lac, les parcs, les terrasses, les débarcadères, semble continuer ces temps écoulés, et c'est dans le parc des anciens bains d'Amphion que l'Hôtel des Princes a été édifié. En partant de la plage d'Evian, s'espacent sur la rive le château du Martelay avec ses quatre tours, la villa Désirée, les Hortensias, les Lilas, le château de la Léchère, la villa de la Sapinière, bas-relief dû au ciseau de Falguière, le Pré Curieux, le Pré Riant, la Folie Amphion très moderne, très fleurie, le Pré Fleuri, Bassaraba, avec sa tour à créneaux, propriété de la princesse de Brancovan où Mme la comtesse de Noailles, Anna de Brancovan, passa son enfance, écoutant chanter en elle toutes les voix de la lumière, les beautés de la nature, les sons, les parfums, les vols d'ailes que ses poèmes nous ont transmis.
Alphonse Guillot, opus cité page 58

2.01.2008

209. Alphonse Guillot : "Une fête à Evian".

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A quelques minutes d'ici, sur une esplanade naturelle, existe encore un magnifique bois de châtaigniers, qui fut au XVIIème siècle le rendez-vous favori de la société élégante qui fréquentait les eaux de la contrée durant la saison. Un auteur a décrit ces fêtes en ces termes (Congrès des Sociétés savantes, Evian) :
"Dans l'après-midi, une longue file de chars dorés sur une longueur d'une lieue et demie conduit le sexe le plus brillant en promenades sur les bords du lac, les femmes se reposent sous les châtaigniers du bois de Blonay et des peintres empressés fixent sur la toile les scènes les plus tendres. La musique fait entendre des notes harmonieuses. Pan, au son de sa flûte, éveille les nymphes des eaux et les sylvains de la Forêt ; les hommes de service dressent les tables avec des fruits délicieux, du champagne et du bourgogne, qu'on déguste entre deux danses.
Un amant alors s'enfonce en secret avec son amante dans les allées ombreuses du parc pour goûter la «solitude, le charme de cet asile enchanteur.
La fête finie, les voitures reprennent la route d'Evian et d'Amphion, escortées au loin par les bateaux enguirlandés qui voguent sur le lac cependant qu'une troupe d'artistes fait entendre les mélodies d'une «fanfare de hautbois. [...]
Musique légère, gavottes et menuets, robes de soie à paniers, qui à la contredanse saviez découvrir le pied et laisser deviner la jambe, chapeaux bergère qui ombriez les yeux et donniez plus de douceur au regard, rubans Fontanges ou Pompadour qui flottiez au vent, dentelles d'Alençon ou de Malines qui couvriez ou découvriez les épaules, parfums d'ambre et d'iris, d'oeillet et de jasmin, coeurs sensibles, belles et tendres amoureuses, qu'êtes-vous devenus ?
Les décades ont passé comme les hivers qui neigent sur nos fronts. Donnons-leur ce souvenir et souhaitons que les violons de Lulli et de Mozart se fassent toujours entendre. (Alphonse Guillot, opus cité, page 57)