Messages les plus récents pour la requête meillerie. Messages plus anciens
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11.12.2008

359. Index des 360 messages publiés. 9

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9. Messages : 269 à 318.

316-318. Anna de Noailles, princesse de Brancovan.
315. Les neuf sources d’Evian. 3.
314. Les neuf sources d’Evian. 2.
313. Les neuf sources d’Evian. 1.
309-312. Evian : naissance d’une ville.
308. Christian Dupavillon : «Ô Royal d’Evian ».
307. Eglise d’Evian : le chemin de croix de Pierre Christin.
301-306. L’église d’Evian : histoire et architecture.
296-300. Le Léman, un sublime ressassement.
292-295. Le Léman, voie de communication.
291. A mes lecteurs.
289-290. Jean-Pierre Larpin : « L’eau d’Evian » .
286-288. Jean-Pierre Larpin : « La pierre de Meillerie»
285. Jean-Pierre Larpin : Anecdotes lémaniques
283-284. Jean-Jacques Rousseau.
280-282. Guy de Pourtalès.
276-279. Charles-Ferdinand Ramuz.
275. Roger Gray.
274. Alice Rivaz.
273. Roger Martin du Gard.
272. Emmanuel Buenzod.
271. Robert de Traz.
269-270. Henri-Frédéric Amiel.

358. Index des 360 messages publiés. 8

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8. Messages : 229 à 268.

268. Jules Michelet.
267. Léandre Vallat.
266. Francis Wey.
265. E. Guillon et G. Bettex.
264. Rémi Mogenet.
263. Bachellerie.
262. Anna de Noailles : « mes livres je les fis … »
261. Anna de Noailles : manuscrit.
260. Lord Byron et le prisonnier de Chillon.
259-253. Anna de Noailles : « Le livre de ma Vie ».
252-247 ; Martine de Rosny-Farge : Orage sur le Léman.
246. Jacques Hermann : « Le lac, lentement se couvre ».
245-241. Pierre Lartigue : « Les barques de Meillerie »
240. Alain Mickiewicz : Sur cette onde immense …
239. Rémi Mogenet : « Les eaux sacrées du Léman ».
238-237 : Françoise Delamarre : « Fables du lac ».
236-235 : Une carte du lac Léman.
233-234 : Hans Christian Andersen : Journal.
232. Alphonse Guillot : D’Evian à Saint-Gingolph.
231. Alphonse Guillot : Une légende.
230. François Broche : La mort d’Anna de Noailles.
229. Anna de Noailles : « C’est après les moments … ».

354. Index des 360 messages publiés. 4

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4. Messages : 107 à 128.

128. Gabriel Bonnoure : La poésie d’Anna de Noailles
127. Benjamin Valloton : Ceux de Barivier.
126. Benjamin Valloton : Barivier, village de Savoie.
125. Jacques Cheissex : Montreux.
124. Alphonse de Lamartine : « Pour moi, cygne d’hiver».
123. Albert Richard : « Combien mon lac est doux ».
122. Henri Durand : Léman, roi de nos lacs
121. Le Doyen Bridel : « Des remparts de Genève …. ».
120. Juste Olivier : « Ô bleu Léman ».
119. Juste Olivier : « Comme un tissu léger … ».
118. Léon Tolstoï : Le pays de Clarens.
117. Stendhal : De Rolle à Vevey.
116. Théophile Gautier : Le Léman est tout Genève.
115. Victor Hugo : Meillerie.
114. Victor Hugo : Lausanne et Vevey.
113. Alexandre Dumas : Genève, le lac, Nyon.
112. François René de Chateaubriand : A Coppet.
111. Alphonse de Lamartine : Nernier et à l’entour.
110. Germaine de Staël : Au bord du lac de Genève
109. Jean-Jacques Rousseau : En approchant de la Suisse.
108. M. le Gallais : Origines de la Savoie
107. A de Bougy : Les eaux minérales d’Evian

11.01.2008

295. Le Léman, voie de communication. 4.

------------------------------------4. Le Léman, du début du XIXe siècle, n'a que fort peu de ports dignes de ce nom. Seule Genève a des installations spécialisées en fonction des marchandises, et Morges a un port bien protégé. Les barques à voiles latines qui sillonnaient le lac venaient donc essentiellement de ces deux villes. Chaque port protégeait ses bateliers en obligeant les barques d'un autre port d'attache, qui venaient de décharger leurs marchandises, der repartir à vide. Même le trafic local était limité. A ce sujet, voilà comment un contemporain jugeait cette réalité : «Le commerce des marchandises qui se fait chez nous par eau consiste en marchandises étrangères et en marchandises du pays. Les premières, quand elles viennent de France, sont embarquées à Morges, à Nyon ou à Genève; celles d'Allemagne, à Ouchy, celles d'Italie, à Vevey. Les marchandises du pays sont vins, fromages, pierres à bâtir de Meillerie, marbre de Roche, tuiles et briques, bois de chauffage et de charpente, foin, fumier, fruits, bestiaux, beurre, paille, grains. Cette navigation est susceptible de progrès et d'augmentation, surtout quand on aura supprimé les statuts gothiques de certains ports qui jusqu'à présent ne permettaient pas à une barque de Genève, arrivée avec son chargement à Vevey, d'y prendre en retour d'autres marchandises pour Genève. Ce privilège est si destructeur de la liberté de commerce, qu'on ne comprend pas qu'il ait subsisté si longtemps." Le "Doyen Bridel" in "Le Conservateur suisse", 1814.

287. Jean-Pierre Larpin : La pierre de Meillerie. 2.

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2. Mais les perles rares se découvrent au printemps. Vous atteignez donc Meillerie dès avril, à la voile ou à moteur. Du large on entend les ruisseaux dévaler de Mémise, grossis par la fonte de la neige. Les bois sont encore bruns, le port encore désert. L'entrée occidentale du port, l'ancienne sortie naturelle des barques, a été bouchée pour diminuer le clapot. Il s'agit de permettre aux caravanes flottantes d'aujourd'hui de passer la nuit aussi tranquillement que dans un parc à voitures. Ainsi gagne-t-on en confort ce que l'on perd en nautisme. L'époque a ses raisons que la navigation ne connaît pas. […]. Quelques photos des barques et du port sont quand même visibles chez l'ancien maire, chez les tantes Irène et Eugénie, tenancières du Café du Centre, et dans les hôtels de la Terrasse et de la Croizette, à chaque extrémité du village. Sur la jetée, le coucher du soleil est splendide. Vous portez le regard du Jura aux Rochers de Naye en trinquant le coup de blanc. Au village l'accueil est aimable et tranquille. Le chat noir dort sur la table du bistrot, le grand-père revenu de Lyon raconte ses souvenirs, Madame Eugénie a refait ses frisons. Vingt dieux! Que l'hiver était long chez nous aussi, vous savez. Les primevères garnissent le talus du port, les pêcheurs parent les grands filets, on va du bon côté, comme on dit en face.

288. Jean-Pierre Larpin : La pierre de Meillerie. 3.

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3. Meillerie est dans toute sa gloire aux petites heures. Elle s'allume dès que le soleil passe par-dessus les Alpes vaudoises. Le moment est venu de monter sur la terrasse de l'église au-dessus du village endormi.
On n'entend que le bruit du ruisseau dans le canal de pierre taillée. Lorsque la porte du sanctuaire n'est pas fermée à clef, vous entrez dans l'une des plus belles églises de la côte de Savoie et vous admirez les vitraux illuminés à cette heure, puisqu'ils sont au levant.
Puis vous prenez la route des Etalins, immense carrière remise en activité il y a quelques années. Observant le paysage à trois cents mètres du Haut-Lac, vous convenez que cette région a du cachet et du caractère, surtout si vous êtes de La Côte ! Mais il est temps d'appareiller et de songer aux commentaires à l'intention des amis qui ne connaissent pas l'endroit découvert déjà par Jean-Jacques Rousseau. Vous tirez alors la conclusion : les absents seront mis en tort et les sceptiques changés en pierre.

286. Jean-Pierre Larpin : La pierre de Meillerie. 1.

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1. Quand vous faites le tour du Haut-Lac, le bateau vous emmène tout d'abord à Evian, ville d'eau verte et riante. Puis il longe la côte de Savoie, Grande-Rive, Petite-Rive, Torrent, Tourronde défilent sous vos yeux qui admirent les cerisiers en fleurs, les châtaigniers touffus et séculaires, repèrent les hameaux cachés, Véron, Vieille-Eglise, Les Combes, Troubois et Chez-Busset. Vous doutez un instant de ces récits de carrières sauvages, de ruisseaux en cascade, de forêts impénétrables, à propos de Meillerie. Vous n'en doutez pas longtemps. Brusquement le décor devient sombre, le vert clair vire au noir, la montagne vous écrase, plongeant dans l'eau profonde. Seuls quelques rochers émergent des taillis, perchoirs de hérons cendrés magnifiques et circonspects. Soudain une échancrure, une église, des maisons grises et un débarcadère. Vous êtes à Meillerie. Le bateau à vapeur n'accoste qu'en juillet et en août car cette escale n'intéresse presque personne […] Seuls les capitaines saluent Monsieur le curé d'un coup de sifflet en agitant la casquette, comme ils le font symétriquement en passant devant le Dézaley de la Ville. Ainsi passent les messages entre la vigne et le Seigneur et ainsi demeure l'esprit lémanique.

10.31.2008

285. Jean-Pierre Larpin. Anecdotes lémaniques.

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Je propose à mes lecteurs deux anecdotes
extraites de ce très beau livre :
286 - 287 - 288 : la pierre de Meillerie.
289 - 290 : l'eau d'Evian.
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10.26.2008

267. Léandre Vallat


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La Dranse franchie, c'est une contrée plus efféminée, plus orientale, participant de la Savoie, qu'on vient de quitter, et de l'Italie, dont on s'approche. On s'attend moins à voir des clochers que des campaniles, des villas toutes blanches, de petits palais de marbre avec un toit plat, une galerie-portique, des frises pompéiennes.
Au-dessus d’Evian, le lac, entrevu dans le treillis des branches, est pareil à l’œil bleu de Vergognosa, qui regarde entre ses doigts, dans les fresques du Campo Santo de Pise, et la berge aux nuances de chair, étirant son corps de nymphe, s'avance pour étreindre l’eau verte et bleue. On évoque les rives de la Brenta, ces rives si proches, aux cent trente palais de marbre, bâtis sur le gazon ; ce sont des jardins et des labyrinthes, des berceaux de pampres, des retraites profondes, où la nature se fait enjôleuse et complice de l'amour. […]
Alors même que le croissant de la lune devient un "corno ducal" et qu'au ciel apparaît l'étoile de Vénus, marquant l'heure du berger, l'eau ne renonce pas à sa fantaisie colorée; tendue de linon rose, elle s'irise de reflets, se couvre de pierreries, comme les ailes des anges de Benozzo Gozzoli, ces ailes pointues et longues qu'on prendrait pour les grandes voiles carguées.
A Meillerie, les voiles découpées en triangle, couleur de lys ou rie safran, simulent l'essor d'une mouette ou d'un papillon d'or et, suivant que le ciel est d'un bleu de faïence, on pense à quelque tartane pleine d'oranges, voguant sur la Méditerranée.
(La Savoie, pp.33 à 42.)


2.15.2008

232. Alphonse Guillot : "D'Evian à Saint-Gingolph".

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La côte suisse s'est voilée de grisaille, on n'aperçoit plus que la rive du lac, on se croirait au bord de la mer, le bruit des vagues qui parvient jusqu'ici complète l'illusion. L'avenue d'Abondance bordée de platanes, de jolies villas très modernes, conduit en quelques minutes au centre de la ville, mais, comme des écoliers, nous rentrerons par Petite-Rive, et Grande-Rive, et prolongerons jusqu'à l'heure où les lumières commenceront à paraître. [...]
Sur cette route dite du Simplon qui longe le lac et conduit à Meillerie, où Napoléon Ier fit sauter des rochers pour rendre la côte abordable, vingt siècles auparavant, en 218 avant Jésus-Christ, Annibal serait passé avec son armée, ses aigles, ses enseignes, et ses éléphants après avoir combattu contre les Allobroges et les Arvernes, dans les défilés de la haute Durance. Sur ce tracé Rome aurait fait construire, aux premiers siècles de l'ère chrétienne, une grande artère internationale, large de douze mètres, dont on a découvert des vestiges dans les carrières de Meillerie. Ce village fut le séjour de Jean Jacques Rousseau, d'où il se plaisait à regarder avec un télescope la maison de Clarens où habitait son amante Julie, héroïne de son ouvrage. La Belle Héloïse. [...]
Plus loin, le village le Locuum aurait été construit sur l'emplacement d'un autre appelé Tauredunum détruit en l'an 563. "Après soixante jours de grondements sourds, la montagne sur laquelle Tauredunum avait été construit se détacha et se sépara d'un autre mont contigu, engloutissant maisons, église, hommes et terres dans les eaux. Mille ans après, le 4 mars 1564, un nouvel éboulement moins considérable eut encore lieu.[...]
Plus près de nous : "A Maxilly-Lugrin, le château de Tourronde appartint longtemps à la famille de Blonay qui jouit encore dans la contrée d'une renommée chevaleresque antique, à laquelle on peut joindre celle de l'honneur, du courage et de la fidélité. On raconte que lors d'un incendie du château, au XVème siècle, un comte de Blonay qui habitait le château de Vevey, encore occupé par ses descendants, aurait traversé le lac à la nage sur un cheval et que, suivant le voeu fait au départ, il fut élevé une chapelle sur l'emplacement où le cheval atterrit. On dit également que le lendemain on vit sourdre à l'endroit où le cheval avait frappé le soi de son pied, une source d'eau ferrugineuse".
Alphonse Guillot, opus cité page 52.

2.17.2008

244. Pierre Lartigue : "Sur une barque de Meillerie". 2/2.

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2/2. On soufflait un peu, et on repartait pour
une autre tour. Pendant ce temps, l'équipe de la barque organisait le chargement sur le pont, formait le barin, en disposant les pierres, les plus grosses aux extrémités, vers le bordage, les autres au centre, vers les mats. C'était tout un art; il fallait être habile et soigneux, pour équilibrer la cargaison et éviter les ennuis pendant la traversée, si le mauvais temps se levait. Le pont était parfois si encombré qu'on ne pouvait guère circuler que sur les lisses, qui formaient une mince passerelle à l'extérieur de chacun des deux bords. Sous le poids de la caillasse, la barque s'enfonçait peu à peu, et quand les clous de jauge, à la poupe et à la proue, affleuraient l'eau, on savait que le tonnage était bon, et qu'on pouvait partir. Dans la journée, si la commande pressait, et si le vent donnait bien, ça ne traînait pas. On embarquait de quoi faire la soupe pour plusieurs jours si nécessaire, le bouilli, le pain, le vin, et vogue la barque.
Une fois les voiles réglées, les gars, crevés, descendaient à la cambuse piquer un roupillon, avec un seul homme à la barre, le nez vers Evian, Thonon, Ouchy, ou bien Genève, vers ces mangeuses de pierre insatiables. Mais si on finissait de charger trop tard, le soir, on attendait le lendemain, car on n'aimait pas beaucoup partir de nuit. Alors les bateliers qui habitaient en montagne, à Thollon ou Lajoux, allaient dormir dans des hangars loués, mais le plus souvent remontaient chez eux: une grosse heure de marche par le sentier des Epioutères; avec la journée de travail dans les jambes, ils se reposaient, pour ainsi dire, en grimpant, comme des somnambules, tirés par l'habitude, un pas après l'autre sans penser à rien. Encore heureux quand il ne pleuvait pas.
C'était pourtant cette vie de galère qui attirait Alexandre. Il serait resté des heures, dans la chaleur de ces après-midi d'août, à regarder le lac scintiller, les barques aller et venir, et les hommes trimer, avec leurs planches, leurs brouettes, et ces pierres que le ventre ouvert de la montagne offrait avec une générosité inépuisable, ces pierres qui donnaient aux hommes leur pain mais marquaient leur chair à vif, et qui, sciées, taillées, polies, allaient s'assembler comme pour des siècles dans la ligne sobre des quais, dans les façades splendides des grands hôtels, dans les villas éclatantes des cités du lac.

Pierre Lartigue. "Charlotte des carrières", page 49

243. Pierre Lartigue : "Sur une barque de Meillerie". 1/2.

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C'était un incessant défilé de brouettes à pierre, entre l'aire d'embarquement, où les tas avaient été préparés, et les barques immobilisées le long du rivage, le nez vers le port, en cas de coup de vent. Les brouettes, avec d'énormes mancherons, et une roue cerclée de fer, semblaient déjà lourdes à vide. Et chaque homme chargeait, avec peu d'efforts, semblait-il, quand on avait le coup, une masse de deux cents kilos de caillasse, puis bandait ses muscles et s'avançait, à pas mesurés, vers sa barque. Le plus dur était de franchir le plateau, la longue et épaisse planche qui, posée sur des chevalets, reliait la rive à la barque. Pas large, le plateau: juste la place pour la roue de la brouette, et pour les pieds. Il fallait l'œil. Il fallait ne pas dormir, ni avoir un verre de trop dans le nez. Pas question de poser sa charge pour souffler, même si les mancherons semblaient devoir glisser et échapper aux mains poisseuses de sueur, même si un éclat de lumière giclait sur la surface du lac et venait vous éblouir, ou si un putain de caillou s'était fichu dans une godasse et vous écorchait le talon. Deux, parfois même trois ou quatre chargeurs pouvaient se suivre à la queue-leu-leu sur le même plateau. Il fallait prendre alors le pas de celui qui précédait, et marcher en cadence, sinon le plateau sautait et, hop, tout le monde à la baille. Alors, c'étaient les quolibets des autres, les injures, l'amende, le risque de s'esquinter sur un rocher, ou de recevoir le contenu de la brouette sur les jambes. On faisait attention, mais, tout de même, ça arrivait. Parfois, au passage du sillage d'un bateau à aubes, la barque bougeait, et le plateau avec, et il fallait suivre le mouvement. Quand on arrivait sur le pont de la barque, avec la barre des muscles qui se nouait et s'appesantissait sur la nuque et entre les épaules, il fallait vider, doucement doucement.

Pierre Lartigue. "Charlotte des carrières", page 48.

2.15.2008

242. Pierre Lartigue : "Sur le lac, au temps des bacouni".

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Quelque chose bougea dans le paysage, et attira son attention. C'était en bas, dans la profondeur azurée du vide. Le long de la ligne dentelée des bois, qui masquait la rive et le village, une forme se mouvait, se détachait lentement de la côte et avançait vers le large. C'était une barque, une des grandes barques de Meillerie qui, profitant de la Vaudaire qui se levait, était sortie du port. De cette hauteur, on ne voyait guère la coque, sans doute lourdement chargée, mais seulement, sur leurs antennes croisées, les deux grandes voiles triangulaires qui dessinaient, chacune vers son bord, les ailes d'un oiseau qui prendrait son essor. Bientôt une deuxième apparut, puis une troisième. Suspendues dans l'espace, elles suivaient l'une après l'autre la même ligne uniforme du vent, dans une allure benoîtement paisible, régulière et équilibrée, celle de trois servantes en marche pour apporter chacune quelque offrande à un personnage invisible dans le lointain, en l'honneur de qui elles auraient revêtu leur plus belle coiffe, dont la blancheur lumineuse étonnait par sa netteté dans tout ce large environnement bleu et vague.
Longtemps, Joseph suivit des yeux le lent cheminement des trois barques, puis il vit leurs formes successives s'évanouir derrière le rideau de verdure qui, sur sa gauche, fermait la vue. Il restait ébloui de cette apparition, comme s'il n'avait jamais vu, auparavant, les gracieuses allées et venues qui rythmaient la vie de son village, ces arrivées et ces départs quotidiens vers le fond du haut lac, ou vers la rive opposée, ou Evian, ou Genève, dans une ronde incessante de chargements et de déchargements.
Quel que fût le temps, il y avait toujours un transport à faire. Le nombre des barques, dans le port, augmentait régulièrement. On embauchait des bateliers dans tous les villages du canton. Lui-même avait, à la fin du service et avant son mariage, hésité à prendre ce métier qui le tentait. Puis il avait connu Marthe, et tout s'était joué. Il sentait en lui, maintenant, comme une amertume inquiète de s'être laissé séduire si facilement par la sécurité monotone de la vie de cafetier. (Pierre Lartigue. "Charlotte des carrières", page 15)

241. Pierre Lartigue : "A Meillerie".


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A Meillerie, la montagne tombe si raide sur le lac que, dès novembre, on ne voit quasiment plus le soleil de deux mois. Il y a juste la place pour le village, tourné vers le Léman; et vers le nord. Sur le haut du village, […] tout de suite, la pente qui s'élève dans les bois; ou, passées les dernières maisons, les carrières, au-dessus du port. Pas le moindre petit champ qui serait plat, pour y faire un peu d'orge; et même, elle viendrait mal; ni même un pré, où mettre deux vaches. Le village vit de la pêche, et surtout des carrières. En face, de l'autre côté du lac, les Suisses ont toutes les veines, eux: de jolis coteaux bien ensoleillés, des vignes en veux-tu en voilà, des petites villes claires, nettes et propres. Ici, la pierre est grise, et la montagne vert sombre, presque noire. On s'y fait.
Joseph soufflait, dans sa montée. Depuis quelques mois, avec la vie sédentaire qu'il menait, il s'empâtait. Il décida de faire une pause, avança jusqu'au lacet suivant, où les sapins clairsemés laissaient une large ouverture sur le ciel, et s'installa sur une pierre au bord du chemin.
Sous ses pieds, et devant lui, s'arrondissait l'immense coupe bleue du lac, tout juste cernée, au loin, par la côte suisse qui formait comme un liseré pâle et doré, dans la brume légère du matin, entre l'eau et le ciel. Sous lui, la brosse sombre des crêtes de sapins, encore dans l'ombre, filait comme un vertige en marquant quelque temps les distances, puis s'évanouissait. A droite, les premières montagnes du pays de Vaud émergeaient en plaques brillantes et renvoyaient les éclats du premier soleil, jets lumineux portés par les souffles légers d'une brise d'est qui venaient lécher la surface du lac, faisaient fondre sous les risées les aires d'eau tranquille, en un immense mouvement concentrique et silencieux, comme si toute cette masse immobile d'air et d'eau allait, lentement, se décaler vers l'ouest.
Joseph, perdu dans une rêverie vague, soupirait de joie devant cette grandeur du lac, devant cette majesté paisible, où les vapeurs fuyantes découvraient un infini de possibles, un mirage de bonheur souhaité.

Pierre Lartigue.
"Charlotte des carrières", page 14. Collection Espace et Horizon, Editions Cabedita, BP 09, 01220 DIVONNE LES BAINS. Je recommande à mes lecteurs les remarquables collections de cette maison d'édition dont le site mérite une visite attentive : http://www.cabedita.ch/

225. Henry Verne : "Evian".

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La nature qui a répandu ses trésors sur les rives enchanteresses du Léman s'est plu à les grouper à Evian en un ensemble des plus harmonieux. Les alentours sont eux-mêmes pleins de poésie. Nous sommes loin de l'aspect un peu rude et sauvage de Meillerie ou de Saint-Gingolph; les sites se sont peu à peu adoucis, le paysage s'est magnifié ; une teinte chaude s'épand sur les prairies et vergers. La végétation est d'une vigueur étonnante. […]
Evian-les-Bains, la station haut-savoisienne à la mode, la ville d'eaux de renommée mondiale compte environ 4.000 habitants. Son climat d'une action sédative remarquable, est tempéré et très heureusement équilibré ; il convient admirablement aux tempéraments nerveux, aux organismes surmenés. L'hygiène de la station est parfaite et, d'année en année, des embellissements successifs accentuent « encore le cachet moderne d'Evian. Monuments anciens et modernes, quai merveilleusement ombragé, bordé de constructions somptueuses, banlieue de villas et de châteaux, environs délicieusement pittoresques. Tout à Evian concourt à séduite l'hôte de passage, à le retenir ou à le ramener par le charme puissant « des souvenirs. (Henry Verne : "Le lac Léman)

2.04.2008

212. Bernard Sache : "Les barques du Léman".

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Bernard SACHE
"Meillerie ou les cailloux de la gloire".
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Silhouettes emblématiques du Léman d'autrefois, les barques en oreilles chargées à ras bord des cailloux de la gloire, ont pendant près d'un siècle, acheminé vers Genève et les autres villes lémaniques, ces pierres à bâtir, arrachées par les Meillerans aux falaises surplombant leur village. Ces barques de Meillerie symbolisent la période la plus mouvementée et fructueuse d'une localité, guère connue autrement qu'un refuge de l'amour malheureux décrit par un certain Jean-Jacques Rousseau.
Bernard Sache, dont les ancêtres furent intimement liés à la saga Meillerane, - son grand-père Simon, batelier du Léman ne fut-il pas amputé de sa chair et de sa raison de vivre par la Grande-Guerre - met ici en scène le drame de cette communauté âprement confrontée à une Nature belle mais avare et terriblement difficile.
L'auteur, après une vie professionnelle consacrée à l'enseignement et à la formation, accomplit un travail de mémoire avec passion, verve et compétence, à la recherche du destin de ceux de Meillerie luttant farouchement pour leur survie.

211. Les barques du Léman et la voile latine

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Les barques de Meillerie, en 1912
(collection personnelle de François MARMOUD que je remercie)

1. Les études d’archéologie lacustre portant sur l’histoire des bateaux du Léman, montrent la coexistence de deux familles de navires : le bateau à fond plat, navis et la barque sur quille, galea, inspirés des galères militaires et marchandes méditerranéennes. La batellerie lémanique tire profit des experts en construction navale que sont les Vénitiens, Génois, Niçois et Provençaux que l’on retrouve sur les côtes du Léman dès la fin du XIIIème siècle. Invités par les ducs de Savoie - les Bernois, Valaisans et Genevois - à construire des navires leur permettant d’assurer leur empire commercial et politique, ils stimulent l’évolution architecturale de la flotte lacustre. À la fin du XVème siècle, période de troubles politiques et religieux, il devient nécessaire de posséder des embarcations rapides et sûres. Des bateaux inspirés des navires marchands méditerranéens, de la famille des galères, apparaissent alors. Quant à la voile latine, elle est importée en Suisse à la fin du XVIème siècle par un constructeur vénitien. Ces « barques » constituent donc les ancêtres de la barque du Léman – inventée à Genève au cours du XVIème siècle – et dont l’évolution architecturale aboutit à un navire de transport particulièrement bien adapté au contexte lacustre
2. La voile latine, c'est peut-être la plus ancienne de toutes les voiles auriques du monde ; on en connaît des représentations précises sur des manuscrits Byzantins du IXème siècle, elle y est exactement semblable à certaines de celles que nous avons connues jusqu'à aujourd'hui. C'est la voile de la mer latine : C'est à dire de la méditerranée occidentale. C'est la voile des Italiens, des Provençaux, des Espagnols, des Portugais et aussi des Maghrébins. C'est la voile des galères, des tartanes, des felouques et des chébecs.
La voile latine a joué un rôle primordial dans l'histoire des techniques de la voile, c'est elle qui est à l'origine de toutes les voiles axiales modernes : celles des sloops, celles des cotres, et plus près de nous celles des planches à voile dernières nées des inventions véliques occidentales.
Voile triangulaire ou quadrangulaire qui fonctionne indifféremment en recevant le vent, selon le côté d'où il souffle, sur sa face tribord ou bâbord mais dont la chute, côté vertical, avant est toujours au vent et sa chute arrière toujours sous le vent
Voile triangulaire et enverguée sur une antenne, c'est une voilure très commune en Méditerranée, ce qui explique aisément son appellation. De ce groupement nous retrouvons le Foc (du néerlandais Fok), dont nul n'ignore la forme. Il existe également le Grand Foc qui se hisse à la tête du petit mât de hune ; le Foc d'Artimon (du grec Artemo) s'installant entre le grand mât et le mât d'artimon. En Suisse, c'est aux bernois et à leur goût affirmé pour l'économie que le Léman doit ses merveilleuses barques de commerce à voile latine.
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A lire : Bernard SACHE : "Meillerie où les cailloux de la gloire" (voir 212)

1.26.2008

194. Charles Ferdinand Ramuz : "Pensée à la Savoie". 1/3.

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Le thème de l’eau qui unit et de la communication interrompue - par la première guerre mondiale - est cher à Charles Ferdinand Ramuz. Il le développe dans un beau texte, peu connu, intitulé « Pensée à la Savoie », publié en 1915 dans « La gazette de Lausanne » et repris à la même époque per le journal d’Annecy « Les Alpes » -----------------------------Texte publié en 3 parties : 194 - 195 - 196-----------------------------Je regarde, ce soir, la Savoie. Les grandes montagnes sont bleues et blanches. Assises l'une à côté de l’autre, dans leurs grosses jupes à plis carrés, elles ont l'air, elles aussi, de vous regarder avec leurs figures éclairées. En haut est cet éclat du teint, en bas, le foncé de l'étoffe. Et dans le lac, à leur pied, leur image se montre en agrandissement, flotte sans cesse déformée, mais plus belle peut-être d'être mouvante, participant à une vie qu'elles-mêmes n'auraient pas. Pays en face de chez nous, pays que je vois tout le temps, pays que j'ai debout devant mes fenêtres et rien d'autre que lui, sauf l’eau dont non seulement les aspects mais même les bruits nous arrivent, qu'ils fassent sauter leurs pierres, qu'ils sonnent pour la messe ou bien qu'à grands coups de maillet, ils réparent le pont de leurs barques - pays en face de chez nous, est-ce qu'on pense assez à toi ?
Bien qu'un peu d'eau nous sépare de lui, qui est si vite traversée, pourquoi faut-il que la pensée ne puisse pas communiquer? Des fois, il nous envoie les troupes de ses effeuilleuses, ou les femmes qui vont au marché vendre des choses dans leurs corbeilles, mais jamais un petit signe, un petit bonjour, un simple geste de la main, et nous à lui, pas davantage. Oubli de ces deux rives l'une pour l'autre, ignorance l'une de l'autre: est-ce d'être toujours assises face à face, d'être obligées toujours de se considérer? Voilà que, prenant ma lunette, je compte dans le port de Meillerie les mâts noirs et serrés, comme un petit bois qui aurait séché; chaque toit se distingue, et chaque façade; ce chemin, je le suis de l'œil, déroulant ses lacets sur les pentes, mille fois; hélas! Jamais personne ne se montre aux fenêtres, jamais personne sur ces chemins.

La Tour de Peilz (gravure ancienne)

1.09.2008

184. Anecdotes lémaniques

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2. Quelques photos des barques et du port sont quand même visibles chez l'ancien maire, chez les tantes Irène et Eugénie, tenancières du Café du Centre, et dans les hôtels de la Terrasse et de la Croizette, à chaque extrémité du village. Sur la jetée, le coucher du soleil est splendide. Vous portez le regard du Jura aux Rochers de Naye en trinquant le coup de blanc. Au village l'accueil est aimable et tranquille. Le chat noir dort sur la table du bistrot, le grand-père revenu de Lyon raconte ses souvenirs, Madame Eugénie a refait ses frisons. Vingt dieux ! Que l'hiver était long chez nous aussi, vous savez.
Les primevères garnissent le talus du port, les pêcheurs parent les grands filets, on va du bon côté, comme on dit en face. Meillerie est dans toute sa gloire aux petites heures. Elle s'allume dès que le soleil passe par-dessus les Alpes vaudoises. Le moment est venu de monter sur la terrasse de l'église au-dessus du village endormi. On n'entend que le bruit du ruisseau dans le canal de pierre taillée. Lorsque la porte du sanctuaire n'est pas fermée à clef, vous entrez dans l'une des plus belles églises de la côte de Savoie et vous admirez les vitraux illuminés à cette heure, puisqu'ils sont au levant.
Puis vous prenez la route des Etalins, immense carrière remise en activité il y a quelques années. Observant le paysage à trois cents mètres du Haut-Lac, vous convenez que cette région a du cachet et du caractère, surtout si vous êtes de La Côte! Mais il est temps d'appareiller et de songer aux commentaires à l'intention des amis qui ne connaissent pas l'endroit, découvert déjà par Jean-Jacques Rousseau. Vous tirez alors la conclusion, les absents seront mis en tort et les sceptiques changés en pierre.

183. Anecdotes lémaniques.

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Quand vous faites le tour du Haut-Lac, le bateau vous emmène tout d'abord à Evian, ville d'eau verte et riante. Puis il longe la côte de Savoie, Grande-Rive, Petite-Rive, Torrent, Tourronde défilent sous vos yeux qui admirent les cerisiers en fleurs, les châtaigniers touffus et séculaires, repèrent les hameaux cachés, Véron, Vieille-Eglise, Les Combes, Troubois et Chez-Busset. Vous doutez un instant de ces récits de carrières sauvages, de ruisseaux en cascade, de forêts impénétrables, à propos de Meillerie. Vous n'en doutez pas longtemps. Brusquement le décor devient sombre, le vert clair vire au noir, la montagne vous écrase, plongeant dans l'eau profonde. Seuls quelques rochers émergent des taillis, perchoirs de hérons cendrés magnifiques et circonspects.
Soudain une échancrure, une église, des maisons grises et un débarcadère. Vous êtes à Meillerie.
Le bateau à vapeur n'accoste qu'en juillet et en août car cette escale n'intéresse presque personne, dit-on à la Compagnie. Seuls les capitaines saluent Monsieur le curé d'un coup de sifflet en agitant la casquette, comme ils le font symétriquement en passant devant le Dézaley de la Ville. Ainsi passent les messages entre la vigne et le Seigneur et ainsi demeure l'esprit lémanique. Mais les perles rares se découvrent au printemps. Vous atteignez donc Meillerie dès avril, à la voile ou à moteur.
Du large on entend les ruisseaux dévaler de Mémise, grossis par la fonte de la neige. Les bois sont encore bruns, le port encore désert. L'entrée occidentale du port, l'ancienne sortie naturelle des barques, a été bouchée pour diminuer le clapot. Il s'agit de permettre aux «caravanes flottantes» d'aujourd'hui de passer la nuit aussi tranquillement que dans un parc à voitures. Ainsi gagne-t-on en confort ce que l'on perd en nautisme. L'époque a ses raisons que la navigation ne connaît pas. Tant pis pour André Guex et ses Mémoires du Léman !

in "L'air du temps : Anecdotes Lémaniques", Cabedita editions, 1991.
pour les numéros 183 à 186.